La formation pour une éthique et une pratique laïques

Poser la question de l’existence d’une éthique laïque est, aujourd’hui, d’autant plus indispensable que notre société est confrontée à des conceptions et des comportements différents sur la façon d’y vivre ensemble. Ce n’est sûrement pas par hasard si l’utilisation du mot éthique a largement remplacé celui de morale. Mais le passage à la référence d’un mot venant du grec à celui émanant du latin, ne simplifie pas les choses. L’utilisation du mot morale, qui définit « un ensemble de règles de conduite, de relations sociales, qu’une société se donne et qui varient selon la culture, les croyances, les conditions de vie et les besoins de la société », semble, en effet, faire peur, dans une société en mutation soumise aux effets de la mondialisation. Pour autant, faire référence à « une doctrine du bonheur des Hommes et des moyens d’accès à cette fin », ne peut suffire à masquer les conflits sur les conceptions de la morale.

Notre société est confrontée à de nouvelles questions sur ce plan, allant des revendications de l’expression publique de sa propre morale individuelle aux problèmes posés par la science dans l’utilisation de ses découvertes, en particulier dans le domaine génétique (clonage, OGM...). De plus, notre société ne peut ignorer qu’existent, dans le Monde comme en son sein, des conceptions différentes sur les valeurs et les visions de la vie en commun de celles qu’elle a pu longtemps considérer comme « universelles ».

Mais, pour que les personnes puissent vivre fraternellement au sein d’une République démocratique, il faut des règles communes de civilité sur lesquelles tous s’accordent. Ces règles doivent non seulement permettre la coexistence, mais aussi être des instruments d’élaboration, de partage et de coopération. Cela n’est pas le cas aujourd’hui ni dans notre pays, ni a fortiori dans le monde. Si, en France, la laïcité a permis une modernisation de la vie publique qui est essentiellement accomplie sur le plan institutionnel, juridique et politique, le « vivre ensemble » de personnes qui ne partagent pas les mêmes convictions éthiques ni les mêmes croyances religieuses, n’est pas sans poser de problème. Or, il n’existe pas de « textes officiels » sur la morale ou l’éthique laïque. Le législateur s’est, d’ailleurs bien gardé de proposer une définition de la laïcité, tant en 1905, en adoptant la Loi de séparation des Eglises et de l’Etat, qu’en 1945, en déclarant que notre République était laïque.

Aussi, tout citoyen est libre de son approche particulière. Il existe donc un grand nombre de définitions de la laïcité. Elles font appel, en proportions variables, à l’étymologie, à la loi et à l’histoire. Peut-on aujourd’hui en proposer une définition positive ? Serait-il judicieux de tenter une synthèse en puisant dans notre patrimoine aussi divers que contradictoire ? A coup sûr, elle ne ferait pas l’unanimité, aucune ne l’a jamais faite. La multiplicité des propositions est plutôt un atout, un gage de non-dogmatisme, le reflet d’une vraie liberté de réflexion et d’expression démocratique. Mais cette multiplicité de définitions présente un risque de banalisation de la laïcité dans une démocratie minimale où la tendance est forte de remplacer les devoirs individuels par des obligations collectives pour faire face aux préoccupations de protection ou d’élargissement des libertés privées et aux affichages beaucoup plus visibles des appartenances et des modes de vie individuels.

Notre société doit prendre en compte ces contradictions et ces situations conflictuelles. Pour éviter les risques d’affrontements violents, il est donc nécessaire et urgent qu’un véritable débat démocratique permette de se mettre d’accord sur la société que nous voulons et de rappeler les principes et les pratiques qui la fondent.

L’objet de cette partie du site est d’y contribuer.

Dans la cité
  • Quelle éthique laïque ?
  • La notion de morale laïque peut-elle avoir le même sens aujourd’hui qu’hier ?
  • Existe-t-il un code de bonnes pratiques laïques ?
  • La république laïque peut-elle imposer une éthique commune à l’occasion d’actes civils ?
  • Dans les établissements scolaires et universitaires
  • L’éthique laïque doit-elle être enseignée ? Aux éducateurs ? Aux élèves ?
  • Quelles dimensions civique et laïque doivent-elles être enseignées dans toutes les disciplines et pas seulement en « éducation civique » ?
  • En quoi l’enseignement du fait religieux s’inscrit-il dans une pratique laïque ?
  • Dans les associations ou les centres sociaux, les accueils de loisirs ou de séjours de vacances et les centres de formation
  • Comment ces organisations et ces lieux peuvent-ils contribuer à faire partager l’éthique laïque ?
  • Une question sur la laïcité ?
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