Dans les établissements scolaires et universitaires
Comment l’enseignement de l’histoire doit-il accorder toute sa place à des faits comme l’esclavage, le colonialisme, les génocides... ?

(JPG) Comment évoquer des événements en faisant dialoguer mémoire et histoire ? Comment sensibiliser les élèves, sans réduire le cours à un exercice de déploration ? Comment respecter le caractère unique de la Shoah en l’inscrivant dans l’histoire européenne sans le banaliser ? Comment éviter la sacralisation qui évacue la politique et l’histoire ?

Il est clair que l’enjeu des mémoires est décisif dans la construction d’un projet collectif futur. La nation française, une construction permanente, « un plébiscite permanent » disait Renan doit assumer la diversité, les contradictions de ces mémoires.

De la même manière, que l’Histoire de France a, avec difficulté, assumé la double mémoire de Saint-Louis et des bûchers cathares, de Versailles et des dragonnades, elle doit assumer clairement aujourd’hui les crimes de la colonisation comme mettre en lumière les causes du développement des villes portuaires de l’Atlantique grâce à un « commerce triangulaire » reposant sur la mise en esclavage de millions de personnes. En tout état de cause, il est nécessaire d’affirmer qu’il ne sert à rien de nier les difficultés d’enseignement qui peuvent exister ici ou là ; il ne faut jamais considérer que c’est sans gravité, il faut toujours réagir.

L’enseignement, l’appropriation de « mémoires » collectives semblent être au cœur du processus de construction identitaire d’un individu comme d’une nation. Toutefois, il semble très important de distinguer l’histoire, de la mémoire. Sophie Ernst explique que : «  L’histoire est, par différence avec la mémoire, un discours normé par l’idéal de vérité objective et qui s’efforce de tenir à distance les valorisations spontanées de la mémoire collective ou individuelle, par des méthodes critiques de recherche, d’exposition et de vérification qui la constituent en discipline ».

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L’histoire est enseignée, en France, dans le cadre d’un programme officiel commun à tous les élèves. La construction de ce programme fait bien entendu l’objet de choix. C’est sans doute au niveau de ces choix qu’un travail de réflexion doit être mené, afin de pouvoir intégrer certains faits qui devraient constituer la mémoire collective de notre pays, en prenant en compte des mémoires singulières jusqu’alors rejetées. Si l’enseignement des « mémoires » devrait sans doute faire l’objet d’une réflexion pédagogique et d’une formation spécifique des enseignants, il ne paraît pas actuellement pouvoir être traité différemment d’autres faits étudiés en cours d’histoire. Néanmoins, certains événements relèvent d’une intensité telle qu’une approche philosophique (voire interdisciplinaire) parallèle à la seule dimension historique peut se révéler intéressante.

L’enseignement de ces événements doit être l’occasion de les conceptualiser afin de prendre de la distance avec le présent lui-même. L’histoire de ces événements doit donc toujours être étudiée à partir d’une grille de lecture rationnelle. Un témoignage peut être une ressource intéressante à condition qu’il ne reste pas sans éclairage, sans contextualisation ni explication. Plus précisément, l’ensemble des sources qui donnent corps à l’événement étudié doivent faire l’objet d’un accompagnement rationnel.

Discours, textes, paroles, images, attitudes doivent être sans cesse interrogés (qui est l’auteur ? quel est le contexte ? quels sont les enjeux ?). Cette analyse systématique des sources doit permettre de comprendre que nos représentations sont toujours médiatisées par une culture, un contexte.

L’Ecole se doit de présenter rationnellement l’ensemble des événements qui composent l’histoire. Même si certains sont commémorés par l’Etat, l’Ecole doit se limiter à les expliquer. La commémoration est un événement en soi qui peut être analysé au sein d’un cours d’histoire ou de sciences politiques en tant qu’il symbolise la mémoire choisie d’une nation. Si la commémoration est avant tout un acte symbolique et politique qui permet de « refuser l’oubli » de certains événements, l’enseignement de l’histoire est un acte pédagogique. Il doit donc permettre aux élèves de comprendre l’histoire de l’humanité au-delà des seuls événements choisis pour constituer des mémoires nationales officielles.

Néanmoins, l’histoire ne doit pas s’adresser à des élèves « abstraits et universels ». En tant que discipline au programme dès les cours élémentaires, il semble primordial qu’elle prenne en compte l’individualité de chacun sans pour autant la traiter à partir de clichés ou stéréotypes et sans la prendre à partie de façon personnelle afin de ne pas stigmatiser certains enfants. L’identité, qu’elle soit personnelle ou nationale, est plutôt rejetée des programmes au nom d’un idéal universel moderne. Il est néanmoins peut-être temps « d’ouvrir les yeux » sur la diversité des identités qui composent historiquement et actuellement la nation française.

On comprend que le travail de l’école se situe à un point d’équilibre entre singularité et universalité, discipline rationnelle et travail mémoriel de nos identités. Pour éviter certains fléchissements, l’école ne peut pas s’engager trop loin dans un travail mémoriel. En revanche, il existe, ou il faut sans doute faire exister, des lieux publics d’éducation, autre que l’école, qui investissent ce champ de travail. Les associations d’éducation populaire ont peut-être ainsi un rôle à jouer dans cette relation famille, enfant, Etat et mémoire collective.

EN SAVOIR PLUS
Législation et jurisprudence
En préalable
  • Les droits des élèves au collège et au lycée
    Les droits des élèves au collège et au lycée (PDF - 28.6 ko )
  • Contributions diverses
    En préalable
  • L’école et les mémoires de l’immigration. au milieu du gué. Par Sophie Ernst
    L’école et les mémoires de l’immigration. au milieu du gué. Par Sophie Ernst (PDF - 86.7 ko )
  • BIBLIOGRAPHIE
  • TELECHARGER : BIBLIOGRAPHIE GENERALE (PDF - 20.2 ko )

  • TELECHARGER : BIBLIOGRAPHIE "DIVERSITE ET DERIVES COMMUNAUTARISTES" (PDF - 16 ko )

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